Audrey Daulé a 15 ans quand elle rentre au pôle France de water-polo. Le water-polo féminin manque de densité, les entraîneurs recrutent alors des filles qui « savent nager ». C’est le principal atout d’Audrey, elle est comme un poisson dans l’eau depuis toujours.

Audrey fait ses années lycées au CREPS puis, alors qu’elle est licenciée à l’ASPTT Nancy depuis 2 ans, elle change de vie. C’est un peu ça sa façon de vivre, une année par-ci, deux ans par-là. C’est ce qui lui permet de s’enrichir en expériences, nous explique-t-elle. C’est à Lille qu’elle passe semi-pro. Le seul club qui rémunère ses sportives, « les autres elles vivent de l’amour du sport » rigole Audrey. Après un master Management des Organisations sportives, elle s’entraîne au Stade Toulousain et à Bordeaux. Puis la fédération ouvre une structure à Nice pour l’équipe de France. Mais Audrey Daulé a des envies d’ailleurs, elle souhaite se confronter à une autre manière de concevoir le water-polo. Elle part alors pour un an en Espagne à Mataro, dans la région de Barcelone, « j’ai vraiment kiffé mon année c’était top ». La française évolue désormais avec le pôle France de Paris mais reste rattachée au club de Bordeaux.

Qu’est-ce que t’as apporté ton année en Espagne ?

La façon de s’entrainer en Espagne est différente de celle en France. L’Espagne ne se préoccupe pas vraiment du quantitatif. En France, je m’entraîne 2 fois 2 heures par jour plus la préparation physique alors qu’en Espagne les entraînements durent 2 fois 1 heure et quart. Ça passe super vite, tu n’as pas le temps de regarder l’horloge ! J’ai ressenti une différence en m’entraînant en Espagne, c’est moins traumatisant pour le corps ! J’ai eu peu de blessures durant mon année en Espagne. C’était plus basé sur le jeu concret, et moins sur la technique, alors qu’avec mon entraîneur en France, on travaille beaucoup plus la technique et la natation. 

De plus, comme il y a environ 7 équipes dans la région de Barcelone qui font partie du championnat espagnol (sur 10 équipes), on joue tous les weekends. Et puis, on pouvait faire une demi-heure de route pour aller retrouver une autre équipe qui jouait à notre niveau, c’était sympa !

Cela m’a permis de développer d’autres compétences en jouant en Espagne, mais j’ai beaucoup progressé sur ma vision du jeu. J’ai aussi pris de l’assurance dans mes prises de décisions.

Audrey Daulé est appelée pour la première fois en équipe de France sénior en 2011. Elle vient d’avoir 18 ans et se retrouve à jouer avec ses idoles. La jeune joueuse apprend des plus grandes sportives françaises. Le fait de partager le même bassin que ses modèles et de pouvoir jouer avec elles était vécu par Audrey comme une victoire.

« 6 mois avant, avec mes copines, on les regardait des gradins, en se demandant « c’est qui toi ta joueuse préférée ? » Je prenais chaque échange avec les filles plus expérimentées au pied de la lettre. »

Des années après, la Française de l’INSEP est toujours fière d’entendre la marseillaise avant chaque match. Représenter le visage de la France est pour elle un poids positif.

Audrey Daulé a soif de réussite, elle veut être plus efficace aux shoots. Son petit gabarit est quant à lui une force pour la Française, qui a appris à compenser avec ses qualités de nageuse. « Mais ce qui m’a toujours manqué c’est d’avoir des jambes, j’aimerais bien en avoir un peu plus, mais j’ai du mal ».

Cette année le championnat a été bien bouleversé par l’année olympique. Le Championnat d’Europe était en janvier, puis en Mars devait se dérouler la phase de « brassage » (entre poule haute et basse). Elle n’a pas pu avoir lieu à cause du Covid.

Tu étais au championnat d’Europe au début du Covid comment l’as-tu vécu ?

On a fini 7ème du championnat d’Europe, mais comme le tournoi de qualifications pour Tokyo devait se faire en Italie, il n’a pas eu lieu. Il est reprogrammé au mois de janvier 2021.

Les premiers cas de Covid ont été annoncés lorsqu’on était au championnat d’Europe. On était un peu dans notre bulle, on ne s’informait pas forcément de ce qu’il se passait dehors. Je pense que comme une grande partie de la population, on n’avait pas mesuré l’ampleur que le Covid prendrait.

Une fois en confinement, l’annonce du report des jeux nous est apparue comme la meilleure décision. Ça aurait mis en danger les sportifs et la population. En plus de tout ça, il y avait une sorte d’iniquité pour les équipes puisque tout le monde n’a pas été arrêté au même moment et pas de la même manière non plus. Certains auraient été pris et d’autres non, ça n’aurait pas été très juste.

Le report des jeux est un plus pour nous, ça nous laisse plus de temps pour se préparer. Mais ça n’enlève pas le fait qu’il ne reste que deux places qualificatives et qu’il va falloir travailler dur pour atteindre l’une d’entre elles.

Audrey habite dans un petit appartement parisien, mais pour le confinement, elle fait le choix de retourner chez ses parents à Oyonnax (Ain). C’est assez étrange pour la sportive de 27 ans qui n’a pas vécu chez ses parents depuis ses 15 ans. Elle a profité du grand air pour faire son entrainement, d’environ une heure chaque matin. La sportive profite du temps qu’elle n’a pas d’habitude pour cuisiner pour sa famille et bricoler.

« La fédération nous a bien accompagnées, ils nous ont envoyé des programmes de préparation physique. Au water-polo, on est habituées à être toutes ensemble presque tout le temps, donc se retrouver seule ce n’était pas super drôle. En plus, on n’avait pas de visibilité sur l’avenir, donc la motivation n’était pas toujours là. Mais j’ai redécouvert le yoga, j’en avais déjà fait mais ça m’a permis d’en faire plus régulièrement. J’aimais bien cette manière de s’entraîner, c’était différent. »

Qu’est ce qui a été le plus difficile à gérer pour toi pendant cette période de confinement ?

On venait de passer 2/3 mois ensemble avec les filles, alors se retrouver toute seule ce n’était pas très cool. Ce que j’ai eu le plus de mal à gérer c’était l’éloignement avec mes coéquipières, qui sont mes copines. Heureusement il y avait les visios. Mais ça fait du bien de retrouver ma famille. Je ne les vois pas souvent avec le rythme qu’on a. Finalement, j’ai profité de la vie différemment.

Mercredi dernier, Audrey Daulé a retrouvé les bassins avec certaines collègues d’entraînement. « Je ne pensais pas que j’attendais autant ce moment ». En effet, occupée par ses nouveaux passe-temps, Audrey omet presque à quel point elle aime être dans l’eau. C’est en rentrant à Paris que l’excitation de retourner à la piscine renaît. « J’ai vite compris que ça m’avait beaucoup manqué, la sensation de nager, on ne peut pas la retrouver ailleurs que dans l’eau ».

Audrey a bien sûr pour objectif la qualification avec l’équipe de France pour Tokyo 2021 mais elle voit aussi à plus long terme. Elle garde en tête les jeux de Paris 2024 « J’aimerais que mon corps tienne jusqu’à Paris 2024. Je ne serai plus toute jeune, j’aurai 31 ans ! Mais faire les jeux à la maison, et non pas juste être présente, mais faire aussi un résultat ça serait super ! » La sportive souhaite également par le biais de grandes compétitions faire connaître le water-polo féminin. « C’est un sport difficile, d’autant plus pour les filles. C’est aussi notre rôle de faire parler de nous, pour que les gens se rendent compte que les filles aussi peuvent jouer vite et physique ».

Juliette Courcoul

Photo à la Une: Audrey Daulé, Credit-Photo : DeepBlueMedia 
(fournie par Audrey Daulé)

1 COMMENTAIRE

  1. Très bel article pour le water-polo ‍♂️
    On parle tellement peu de ce sport d’équipe très physique et qui demande beaucoup d’investissement.
    MERCI

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