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TISSUS AÉRIEN : La danse aérienne d’Elodie Lobjois.

C’est de la danse classique au tissu aérien en passant par les cabarets de Paris qu’Elodie Lobjois, 30 ans, danseuse de formation classique à la base et polyvalente nous ouvre les portes de ses cinq années de danse aérienne.

Pouvez-vous présenter la discipline du tissu aérien ?

Pour moi, c’est vraiment une danse aérienne et vivante qui serait initialement féminine, même si les garçons sont présents et fantastiques comme mon meilleur ami. Mais le côté tissu, voile et la légèreté de cet art se marie bien avec une sorte de douceur et de sensualité féminine. Personnellement je vis le tissu aérien comme un art et pas comme un sport avec la compétition les uns avec les autres. La seule compétition que je mène c’est celle avec moi-même !

Une passion née à l’âge de 8 ans, qui peut être difficile à appréhender :  Quel est votre parcours ? 

Photo elodielobjois.fr

Depuis toute jeune, je suis hyperactive. J’étais toujours en train de danser. J’ai intégré des cours de danse à l’âge de 5 ans. Pendant 2 ans, j’ai participé à des concours avec lesquels j’ai pu gagner des prix.  À l’âge de 11 ans, j’ai dit à mes parents que je voulais devenir danseuse plus tard.Comme toutes les petites filles, je voulais avoir un tutu et des pointes. L’école de la danse classique est quand même très rigoureuse.  À l’âge de 17 ans, je suis partie en Grèce mais je voyais que les auditions n’étaient pas concluantes parce qu’il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas : soit j’étais trop petite, trop grande, trop maigre, trop grosse…C’est un métier qui quelque part nous apprend à nous remettre en question donc c’est bien, mais l’abus est mauvais en toute chose. Autrement dit on tombe vite dans l’excès ou bien on finit par se détester aussi ben physiquement que moralement, et même au niveau de tes performances.  Donc tout cela peut véritablement être toxique dans la vie de tous les jours.  Par exemple quand on loue une audition on ne sait jamais pourquoi.  Donc dans le cas où tu demandes pourquoi, on te donne des excuses bidons du genre “t’es trop grande ou t’es trop blonde“. Une fois rentrée en France, je ne trouvais pas de travail, donc j’ai refait une année de formation dans un jeune ballet à Bordeaux.  Malgré quelques apparitions dans ma compagnie, je me suis dit que si je ne trouvais pas de travail, je devrais reprendre mes études, parce que j’avais la volonté que les choses bougent dans ma vie. »

Photo elodielobjois.fr

 Y-a-t-il des moments de désespoir dans le milieu artistique ? Comment y faire face ? 

On a très souvent des moments de désespoir, mais je dirais qu’avec le temps on a plus de « lâcher prise ». En ce qui me concerne, depuis 2 ans j’essaie de prendre de la distance là-dessus et depuis 1 an, je travaille comme une dingue, donc c’est vrai que je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur mon sort. Mais c’est vrai que lorsqu’il y a des moments avec que des réponses négatives et qu’on ne te propose rien alors que tu y crois de tout ton cœur, ça peut te briser. Il y a encore un an, je me suis retrouvée dans une situation où j’ai travaillé avec une amie chasseuse d’appartement, qui m’a formée au secteur de l’immobilier. J’ai retrouvé ensuite du travail après mais j’étais vraiment dans une période de remise en question par rapports à mes perspectives d’avenir.  Mais je me disais en même temps que j’ai trop travaillé dans ma vie pour lâcher maintenant. Du coup c’est vrai, ce n’est pas évident, mais il faut continuer à y croire ! “

Comment se faire un nom dans cette discipline ? 

 Pour entrer dans ce milieu et se faire sa place c’est très compliqué puisqu’il n’y a pas de systèmes d’audition. Tout se fait à l’aide d’un réseau.  Le seul boulot que j’ai pu avoir dans ma carrière, dans ce milieu c’est au moment où j’ai postulé pour le « crazy horse »  et à l’opéra Bastille où il refont sans cesse des auditions tout en ayant un réseau « opéra » pour qu’il puisse t’inviter aux auditions.  Au bout de 8 ans de carrière, je commence seulement à avoir un réseau, donc ça prend beaucoup de temps et de patience. Pour ma part, j’ai un site internet sur lequel je poste mon actualité jour après jour où je peux envoyer des newsletters. Je prends du temps pour faire mes montages vidéo, photos. C’est aussi un métier de réaliser sa promotion et se vendre comme il se doit.

Photo elodielobjois.fr

Pourquoi avoir choisi le tissu aérien ?

Le monde du Cirque m’a beaucoup attirée, notamment avec l’entraide et la bienveillance qui le caractérise. Il n’y a pas de compétition et on peut faire la rencontre de beaucoup de monde issu de milieux professionnels très différents comme l’informatique, la technologie, le textile… Etant issue du monde de la danse, qui est très rude aussi bien physiquement que moralement, j’avais envie de changer d’environnement. C’est vraiment intéressant !

Avez-vous une personnalité féminine dans le sport qui vous inspire ? 

Quand j’étais petite il y avait toutes les danseuses étoiles que j’admirais. À l’époque, j’aimais beaucoup Marie-Claude Pietragalla malgré la déception que j’ai eu quand je l’ai rencontrée au conservatoire de Bourges en répétition à l’époque. Avec 20 petites filles, on l’attendait pour discuter un peu et avoir un autographe. Seulement à la fin de sa répétition, elle a demandé à une de ses assistantes de mettre nos noms pour qu’elle le fasse rapidement dans sa loge. À ce moment-là, étant petite je me souviens m’être dit qu’être une danseuse étoile, c’est ne plus être humain. Par contre, il y a des danseuses qui sont restées très généreuses telles que Zizi Jeanmaire, Wilfride Piollet et beaucoup d’autres.

Photo Instagram @elodielobjois

Quelles sont les valeurs et l’esprit de ce sport ? 

Comme dans toutes disciplines du cirque, pour moi c’est l’ENTRAIDE, le PARTAGE et la BIENVEILLANCE.  Après les valeurs sont propres à chacun et à chaque cours.  J’avais testé un cours professionnel, où l’échauffement s’apparentait à l’armée avec des professeurs qui vous crient dessus. Et moi c’est tout ce que je déteste.  Dans l’association Volaverunt j’ai vraiment trouvé une convivialité et une bonne ambiance pour apprendre progressivement sans compétition. Le tissu aérien c’est un art, avant d’être un sport.

Votre plus beau souvenir dans la discipline ? 

C’était un évènement à l’Aréna de Genève, il y a quelques jours. J’ai joué 2 fois, dans un lieu magnifique. On s’est produit en live avec une contrebassiste qui chantait Soprano. Il y avait un réel échange entre la musique et des danseurs. C’était vraiment une belle expérience à vivre !

Comment gérer le stress selon vous ?

Je ne ressens plus le stress, c’est plutôt de l’adrénaline maintenant. Tout est une question de concentration et de méditation. Je visualise mes figures avant de passer et je respire un bon coup.  Après une fois lancé, je suis dans ma bulle et je ne pense pas aux spectateurs autour de moi. Je vis l’instant présent à fond.

Le tissu aérien, un sport de fille ?

 Pour moi la base de la danse c’est la danse classique. Dans les disciplines, la base c’est le trapèze fixe parce que ça t’apprend le placement avec une barre où les deux mains sont au même niveau, du coup tu vas travailler des deux côtés et de la même manière. Je pense que c’est bien de commencer par le trapèze pour acquérir de la force, parce que le tissu aérien demande beaucoup plus de force car il est élastique. Quand tu vas monter d’un mètre, tu vas redescendre de 50 centimètres, alors qu’il reste encore 9 mètres à monter. Le trapèze et le tissu aérien vont de paire pour trouver un équilibre entre la force et la technique pour les filles. Les garçons ont moins ce problème, car ils ont déjà plus de force que nous naturellement avec la testostérone, mais la difficulté se présente également pour eux.

Photo Instagram @elodielobjois

Est-ce que vous suivez un régime strict pour exercer ce sport ? 

« Au niveau alimentaire, j’essaye de me faire plaisir à certain moment de la semaine parce que je suis quand même hyper actif dans ma vie de tous les jours. Il m’arrive mêle de ne pas manger pendant plusieurs heures avant de réaliser que j’ai faim. Ce n’est pas très bien mais mon corps s’est habitué à ça. C’est mon un rythme habituel et naturel que j’ai pris. Pour ma routine sportive, en général je passe un petit de temps à m’étirer le corps. Je prépare mon corps au moins deux heures avant un entrainement pour qu’il puisse se réveiller. Je fais des exercices de gainages, des positions de yoga pour la souplesse, et beaucoup d’autres. »  

Quels conseils donneriez-vous à ceux et celles qui aimeraient se lancer ?

Il faut se lancer dans la vie, donc se lancer ! Il ne faut pas avoir peur, seulement trouver un bon professeur avec qui on accroche. Pour moi, Isabelle ma coach, est vraiment une belle personne et surtout c’est une coach qui s’entraine avec nous, chose qui se fait rare. Donc se lancer et c’est surtout avoir le courage de venir régulièrement. Autrement dit il ne faut pas rester sur le premier entraînement avec les courbatures. Il faut rester motivé et ça vendra tout seul.

Cet hiver l’artiste se produira sur scène au parc Astérix pour les festivités d’Halloween, avec des spectacles de magie/comédie et des apparitions au tissu aérien et au cerceau.  Pour retrouver et suivre le travail d’Elodie Lobjois foncez sur le site : elodielobjois.fr pour découvrir encore d’autres surprises.

Mounia SAADI

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