Justine Mauvin est free surfeuse et chanteuse auteure compositrice, sous le joli nom de Sibu Manaï. Profitant du magnifique paysage de l’île de la Réunion pour se mettre au longboard, elle commence la compétition, sur des vaguelettes, à l’âge de 13 ans à la plage des Roches Noires. C’est en côtoyant les autres longboardeurs qu’elle veut elle aussi dompter les vagues.

C’est naturellement, comme pour le surf, que Justine se met petite à la musique. Elle parvient pendant des années à combiner ses deux passions. Mais finalement, sa carrière sportive l’empêche de se lancer entièrement dans ses ambitions musicales. Elle fait donc le choix de la musique. « Je fais toujours les compétitions de surf mais uniquement celles qui m’intéressent. Je n’ai pas l’esprit compétiteur, me battre avec une autre fille pour une vague est complètement absurde selon moi. Je ne me sens pas plus riche de l’âme en gagnant une compétition. Au contraire, je n’aime pas ce que cela provoque chez les gens, ces états d’âme déplacés… »

La réunionnaise nous confie tout de même que le jeu et le partage de la discipline lui plaisent. Elle affectionne les démonstrations aux côtés des plus grandes surfeuses de la planète. Récemment, elle prend la décision de quitter son île natale pour se consacrer à 100% à la musique. Elle parcourt les scènes de Paris et participe tout de même aux compétitions, celles qui ont du sens à ses yeux, nous confie-t-elle.

Dans quel état d’esprit êtes-vous après cette période de confinement ?

Aujourd’hui je me sens mieux, bien que je n’aie que la sensation d’être libre “légalement”. J’ai très mal vécu ce confinement car j’étais dans un petit appartement à Paris, loin des grands espaces, de la nature et d’échappatoires naturels. J’ai vraiment dû prendre sur moi et méditer tous les jours pour accepter cette non-liberté. Le yoga, la lecture et surtout la musique m’ont aidée à survivre à cette épreuve. J’ai dû m’inventer des exercices physiques avec trois fois rien pour rester en forme, et me plonger dans ma boîte à souvenirs pour les envies d’ailleurs. 

Je faisais du skate autour de l’immeuble, et mon petit salon se transformait en salle de sport et salle de yoga. Je me suis réfugiée dans mon travail et dans la sortie de mon Ep “Vavanguèr”. C’était dur de tout assurer, mentalement et physiquement, surtout en auto-production (sans maison de disque). Au moins j’ai suivi les étapes par mes propres moyens et j’ai trouvé en moi la force d’y arriver et de surmonter cela. Je suis très contente et fière d’y être arrivée. Et je pense que je vais verser une larme le jour où je vais enfin nager. 

Le matin j’allais faire quelques courses à pied ou en skate, puis petite session de sport / yoga, plus ou moins intense selon ma forme. Ensuite je travaillais sur mes projets, et je me suis trouvé une passion pour les petites vidéos d’eau, de vent, d’éléments naturels simples et pourtant tellement porteurs de poésie, auxquelles je pouvais associer ma musique. Une évasion confinée. 

Le premier jour du déconfinement… Je ne suis même pas sortie. Je me sens très vite envahie lorsque les rues sont bondées à côté de moi, je n’aime pas les lieux très peuplés. Il y a eu une telle effervescence ce jour-là que ma tranquillité m’était finalement agréable. Je me rappellerai toujours ce jour car un oiseau est entré dans l’appartement, une mésange charbonnière qui s’est posée devant mes yeux. Elle s’est posée littéralement sur ma main (sans rire), je l’ai guidée vers la fenêtre, nous avons échangé quelques regards d’un calme surnaturel avant qu’elle reparte, libre. Elle aussi était peut-être affolée de cet envahissement soudain…

Je suis toujours à Paris pour finir de tourner le clip de “On My Way” et donc n’ai pas encore pu retrouver l’Océan.

Crédit-Photo : Justine Mauvin

Justine Mauvin garde en mémoire la vague de Parlementia, en France, comme son spot préféré. Cette « grosse mémère » comme elle l’appelle lui donne beaucoup de plaisir à surfer. Même si c’est un spot très touristique, cela n’entache pas la majesté de la vague. A la Réunion, c’est la vague de St-Leu et celle de la Tortue qu’elle adore « ce sont deux de mes spots favoris par leurs courbes parfaites, de vraies rampes », affirme Justine.

Teahuppo à Tahiti est la vague que la sportive retient comme la plus difficile à appréhender. C’est surtout la manière dont l’eau se fait happer qui préoccupe Justine. Elle nous explique aussi qu’il faut que ce soient les locaux qui emmènent les surfeurs sur le spot, pas toujours évident de se faire accepter…

La surfeuse réunionnaise souhaite apporter son point de vue de femme dans le milieu du sport. Elle trouve que la compétition n’est pas une bonne chose pour notre société. Justine pense aussi que la compétitivité gâche certains moments de vies. « Mes objectifs sportifs ne seront donc pas dans les résultats mais sur le partage de ma vision et comment on peut faire évoluer un sport dans le bon sens. »

Son souvenir le plus marquant, c’est sa victoire à la “expression session” lors des championnats du monde de longboard à Biarritz, le Roxy Jam. « C’est un format qui n’a pas de règle et qui te demande de montrer ton plus beau surf. J’avais 15 ans et j’étais entourée des meilleures longboardeuses du monde. J’étais très fière » ajoute Justine.

Que diriez-vous aux jeunes femmes qui n’osent pas se mettre au surf ?

Si tu as peur de te mettre au surf, commence par aller nager progressivement dans les vagues lorsque les conditions s’y prêtent. Aussi, essaie plusieurs disciplines : le body board, le body surf (avec des palmes), le longboard… Demande conseil pour te trouver la planche qui te convient et garde-la avant de changer de planche, pour que tu puisses te faire des repères et progresser. 

Pour être une bonne surfeuse, il faut savoir bien observer ton environnement. Tout passe par la vue et par ton aptitude à garder ton calme et mettre ta confiance dans l’élément qui t’entoure. Si tu es prise de panique, dis-toi que ce n’est que de l’eau et que toi tu flottes. Si tu es bien attentive à ce qui se passe autour de toi, il ne devrait rien t’arriver de grave. Aussi, dis-toi que c’est une danse avec un partenaire mobile et majestueux. Tu ne pourras jamais rien contre lui, c’est “avec” lui que la magie s’opère. 

Justine souhaite aujourd’hui faire évoluer sa musique, qu’elle « traverse les océans » et rassembler les gens autour de sa passion, c’est tout ce que nous lui souhaitons.

Juliette Courcoul

Photo à la Une: Justine Mauvin - Crédit-Photo : Justine Mauvin

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