En 2016, angoissée par l’échéance de son baccalauréat, Laura Jaguelin se lance le défi, avec une amie, de s’inscrire à un stage de parachutisme. Elle veut se tester, voir si elle en est capable. Ce stage est une révélation pour la jeune mayennaise. Tout juste deux ans après, elle participe à des compétitions de sauts d’avions alors qu’elle vient de passer ses brevets de spécialités. Désormais Laura évolue avec le club du parachutisme Tarbes Bigorre et profite des jours libres liés à son activité d’assistante d’éducation pour aller sauter.

Il existe deux grandes familles au parachutisme, le parachutisme conventionnel, le plus connu, celui pour lequel il faut sauter d’un avion. Il est accessible à partir de 15 ans. « Il y a énormément de valeurs éducatives dans le saut, que ce soit du vivre ensemble ou de la confiance en soi, je trouve ça super intéressant de partager ça avec les jeunes », nous confie Laura. 

Il y a aussi le parachutisme ascensionnel. Tirés par un câble puis largués, comme des planeurs, les sportifs vont se balader en l’air. Il faut avoir 12 ans pour faire de l’ascensionnel mais ce sont souvent des jeunes plus âgés et dynamiques qui s’y penchent. Le parachutisme est un sport accessible par tous et pour tous. Il faut faire une journée de formation avant de pouvoir sauter. Celle-ci permet d’apprendre les règles de sécurité et de connaitre son matériel et ses fonctionnalités. Le but pour chacun est de devenir autonome.

La mayennaise commence il y a 4 ans par le parachutisme ascensionnel. La sentant investie dans l’association de son club à Laval, ses entraîneurs lui proposent de faire de la précision d’atterrissage. Le but étant de se poser sur une cible de 2m50 de rayon.

Crédit-Photo : Laura Jaguelin

Connais-tu le nombre exact de sauts que tu as réalisés ?

C’est super important de compter chacun de nos sauts pour passer les qualifications, ça nous permet d’être légitimes, c’est notre passeport. J’ai 253 sauts à mon compteur, je m’en souviens bien car 53 comme ma terre natale !

Mais c’est très peu, les filles de l’équipe de France sont entre 3000 et 6000 sauts. On note aussi la date de nos sauts, le lieu, le score et des annotations sur ce qu’on pense de nos performances. Mais je saute aussi pour le plaisir, j’ai fêté mon 200ème saut en rigolant avec mes amis !

Il y a bien sur des endroits plus compliqués à appréhender que d’autres, s’il y a des arbres, des bâtiments. Ou même la température extérieure joue sur nos sauts. J’ai beaucoup sauté à Laval mais pour certaines personnes c’est compliqué. Il n’y a pas de site facile.

« J’ai participé à mes premiers championnats de France ascensionnel sans vraiment avoir le niveau et à ces championnats de France j’ai donc rencontré toutes ces personnes qui sautaient d’un avion et donc ça m’a tout de suite donné envie. Donc en 2017 j’ai commencé à sauter d’un avion. »

Laura a été championne de France de parachute ascensionnel deux années de suite, en 2018 et 2019. Mais il n’y a pas d’équipe de France en ascensionnel. Elle voit donc la discipline comme un tremplin pour la suite.

La jeune femme a plusieurs brevets qui lui permettent de se vérifier et de plier son parachute toute seule (BPA). Mais elle a aussi son brevet D qui lui permet de faire des sauts hors zones. Par exemple, s’il y a une animation dans une ville, à la demande du maire qui souhaite faire atterrir des parachutes sur la place du village, la sportive peut y participer. « C’est un appel à public, attention sauts de parachutes sur la place à telle heure », nous explique la sportive.

L’expérience aurait été différente si elle n’avait pas rencontré Yves et Denis, ses premiers coachs. Par leur passion et leur temps, ils ont emmené Laura à son niveau actuel. « Ce sont des personnes pour qui j’ai énormément d’affection. Quand j’ai été championne de France, j’étais d’abord contente pour eux, c’était la récompense de leur travail ! J’ai toujours envie qu’ils soient fiers de moi. Ce sont les premières personnes que je veux mettre au courant quand je réussis quelque chose ! ».

La parachutiste peut aussi compter sur son club, le PTB, qui l’aide financièrement. Laura est d’autre part accompagnée par l’association des Ang’elles qui regroupe 11 filles qui font de la précision d’atterrissage. Sans eux Laura ne pourrait s’entrainer, elle nous confie que sauter 10 fois par jour à 12 euros par saut, en période d’entrainement, sans aide serait irréalisable.

Peux-tu nous décrire le fonctionnement de la cible d’atterrissage ?

La cible est donc sur un terrain plat sans arbre, sans bâtiment, un site école, un aérodrome en fait. Elle est gonflable pour qu’on puisse se poser dessus et ne pas se faire mal lorsqu’on atterrit. Au milieu de cette cible il y a une palette électronique, qui est reliée à un cadran d’affichage qui lorsqu’on va poser le pied sur cette palette, va indiquer à quelle distance on s’est posé du centre. Le centre est matérialisé par un petit point jaune, qui s’appelle le carreau. « Faire un carreau c’est le graal dans la discipline, il fait la taille d’une pièce de 20 centimes d’euros. ». Si ce n’est pas le pied qui touche en premier on prend en considération le premier point d’impact, si on fait ce qu’on appelle « une faute de pied », on prendra la peine maximale.

La pratique du parachutisme requiert bon nombre de qualités. Il faut être précis et doux et avoir une persévérance monstre. « Pour faire de la précision d’atterrissage, il faut avoir un œil », insiste Laura Jaguelin.

La Sudiste souhaite améliorer sa concentration qu’elle peine à maintenir éveillée lors de l’attente des sauts, qui s’effectuent en équipe. Ce léger perfectionnement lui évitera certaines erreurs d’inattention.

Crédit-Photo : Laura Jaguelin

Comment as-tu vécu ton confinement sans pouvoir sauter ?

 Je devais aller sauter le lendemain du début du confinement, j’étais frustrée. Pour pouvoir resauter, on attend l’allocution du Président de la République début juin. Il y a une possibilité de réouverture des clubs début juin. Mais je n’ai pas envie de me mettre en danger, respecter la distanciation sociale quand on est 10 dans un avion ça risque d’être compliqué ! Même si on peut mettre moins de personnes dans un avion, c’est un sport qui pollue et coûte cher, il faut rentabiliser l’utilisation du kérosène.  Je ne fais pas de plan sur la comète, si cette année on ne peut pas sauter, on sautera mieux l’année prochaine ! 

Pendant le confinement, les avions étaient cloués au sol, impossible donc pour Laura de s’entrainer. Elle s’est tout de même exercée à la « pose de pied ». Laura a chez elle une palette électronique, ainsi elle a pu s’entrainer à poser son pied dessus, en essayant de reproduire les conditions d’un vrai saut.

 Je suis aussi allée courir et pas mal marcher pour essayer de garder la forme et de s’aérer surtout. Le confinement ça a aussi été du repos parce que physiquement c’est dur aussi le parachutisme, faire 10 sauts, 10 pliages, 10 briefings, 10 débriefings en une journée c’est dur même si on en est complètement capables. L’entraînement en atterrissage de précision, c’est assez différent des autres sports. Quand on s’entraine, on se déplace à plusieurs centaines de kilomètres. Donc on est sur 1 semaine ou 1 semaine et demie d’entraînement par mois. Même pour les compétitions, on parcourt la France pour trouver des infrastructures, un avion qui vole et le matériel pour faire de la précision. 

Ton plus beau souvenir depuis que tu pratiques le parachutisme ?

Mon plus beau souvenir c’est mon premier carreau. Lorsqu’on se pose dessus il sonne, en tant que « Patiste », celui qui pratique la précision d’atterrissage, c’est un bonheur d’entendre ce bruit.  Je n’avais jamais fait de carreau, on l’attend tout le temps. J’étais à Bouloc en Tarn et Garonne et toutes les équipes sautent les unes après les autres. Et j’étais la dernière de l’équipe qui clôturait la journée. Il y avait un coucher de soleil, c’était très beau. Tout le monde était au bord de la cible et pour la première fois de ma vie, j’ai oublié tout le monde, ça m’a semblé facile alors que ça faisait des semaines que ça m’obnubilait. J’étais d’autant plus contente de faire un carreau dans ces conditions, ce n’était pas un coup de chance, mais le fruit de mon travail. Ça a encore plus de valeur quand ça se passe comme ça. Pour l’instant, je n’ai fait que deux carreaux. Et le deuxième, c’était sur mon dernier saut aux championnats de France, il était splendide. C’est lui qui m’offre le titre de championne de France.

A plus court terme, la sportive souhaite devenir monitrice ascensionnel. Celle pour qui le partage est la base du sport, veut donner de son temps aux autres, comme les bénévoles du club de Laval ont pu le faire à ses débuts.

Mais Laura rêve aussi d’entrer un jour en équipe de France de précision et de pouvoir représenter son pays sur de grandes échéances. C’est un gros objectif pour elle. Cela lui ouvrirait des portes et lui permettrait également de s’entraîner plus.

Juliette Courcoul

Photo à la Une: Laura Jaguelin, Crédit-Photo : Laura Jaguelin

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