Alors que le report des Jeux paralympiques de Tokyo a été annoncé fin Mars, nous avons rencontré Claire Supiot, une nageuse angevine au parcours atypique. De sa participation aux Jeux Olympiques de Séoul en 1988 à son billet pour les Jeux Paralympiques de Tokyo en 2021, qui auront finalement lieu du 24 Août au 4 Septembre, Claire n’a jamais perdu son amour pour la natation.

 Claire commence la natation jeune pour suivre le chemin de son grand frère. Sa famille vit alors à Angers, le 18 juillet 1969, la région est marquée par un triste événement, un effondrement de sol dans la Loire, 19 enfants décèdent. Les parents de Claire décident qu’elle doit savoir nager. « C’est la natation qui m’a choisi, c’était écrit ! » 

Le frère de Claire se tourne ensuite vers le tennis, elle fait de même mais en plus de la balle elle renvoyait la raquette, nous a-t-elle confié. Très vite tout s’accélère pour Claire, au collège elle part en sport étude à Dinard et rencontre la bonne personne au bon moment, Jacques Meslier, un tournant de sa carrière. L’entraîneur l’amène au plus haut niveau, elle est titrée plusieurs fois au championnat de France et devient recordwoman de France du 100 m papillon. Poussée, par son entraîneur Claire Supiot accède même aux Jeux de Séoul en 1988.

« Je n’étais pas forcément très douée mais grâce à mon travail et ma ténacité j’ai atteint le plus haut niveau ! Jacques avait vu qu’il fallait mieux avoir une tronche, qu’être fluide et avoir rien dedans ». Finalement, Claire arrête la natation pour construire sa vie de famille, elle se marie puis divorce et la maladie de Charcot Marie Toth entre dans sa vie. Mais il y a 4-5 ans, concours de circonstances, son frère revient dans la région du Maine et Loire. Encouragée par son compagnon elle se remet à nager « J’avais pris beaucoup de temps pour les autres, j’avais besoin de me faire plaisir à moi-même. »

Crédit photo: Théo Bariller Krine

Pouvez vous nous dire à quoi ressemblait votre quotidien pendant le confinement ?

Pendant mon confinement je ne me levais plus à 5h22 du matin, j’ai pu repousser le réveil d’une heure ou deux. Je faisais deux entrainements dans la journée, j’ai donc gardé mon rythme habituel. Le matin je faisais une séance, de la préparation physique, marche nordique ou vélo. Je télétravaillais l’après midi puis je remettais une séance en fin d’après-midi. Mes coachs Maxime Baudry et Marc Supiot ont été très présents j’ai été parfaitement entourée, ils ont beaucoup écouté mes sensations ! La fédération Française a aussi tenu à maintenir ce lien avec de nombreuses visioconférences. L’élément qui me manquait c’était l’eau mais j’ai pu me faire une raison, tous les indicateurs cardiaques, mon poids et la nutrition étaient surveillés. J’ai eu l’avantage, bien que ça soit une expérience inédite, d’avoir une équipe passionnée et déjà bien solide autour de moi.

Pendant cette période-ci c’était compliqué de parler de nous, alors que nous ne pratiquions plus notre activité. Il a fallu qu’on ne se fasse pas oublier, alors que lorsqu’on nous demandait nos performances, nous n’avions plus de repère au bout de 2 mois sans être allée dans l’eau ou sur une piste d’athlé.

L’ouverture des 100km pour que les athlètes de haut niveau puissent s’entrainer, c’est déjà un bon compromis pour l’instant. Après nous restons des citoyens mais ce n’est pas forcément facile de donner des « passe droits » compréhensibles par tout le monde, qui ne mettent en danger ni les athlètes, ni les agents qui peuvent ouvrir les installations. Mais j’ai vraiment bon espoir pour les jours à venir, avec les élus et le maire d’Angers. Dès qu’ils vont pouvoir ils vont tout faire pour que je retourne nager dans une vraie piscine. En attendant je refais tourner mes bras un peu plus de 4 mouvements c’est ça qui est intéressant.

Fin Mars vous avez appris le report des Jeux, comment avez-vous reçu la nouvelle ?

Je n’avais pas d’à priori sur la date des Jeux, dans tous les cas j’aurai été prête à y aller. J’irai surtout avec beaucoup de plaisir, pour représenter la ville d’Angers mais aussi l’équipe qu’il y a derrière moi. J’aimerais qu’à travers mon parcours et plus largement avec le retour du sport de haut niveau, les angevins et la France entière puissent rêver. J’ai rencontré des médecins et étudiants du CHU d’Angers pendant le COVID. Je ne suis qu’une minuscule goutte à côté d’eux. Ils sauvent des vies et j’aimerais les faire rêver.

J’attends mon billet officiel par la fédération, que j’ai été chercher l’année dernière aux championnats du monde même si je n’ai pas de perspective de compet’ pour cet été, pas de championnats de France ni de championnats d’Europe. On n’a pas de compet’ pour se projeter fin juillet. Depuis deux mois je m’entraine, je ne m’entretiens pas seulement.

J’ai vraiment confiance en mes entraîneurs, ils savent s’adapter aux changements, le report des jeux ne me fait pas peur. Mon frère (Marc Supiot son entraîneur) qui m’a fait renager après 25 ans d’arrêt va s’en sortir je pense (rire). Mes entraîneurs sont des atouts que j’ai, ils connaissent parfaitement mon corps et ma pathologie. Le sport est une histoire de famille comme ma pathologie finalement.

Crédit photo: Théo Bariller Krine

Enfin, pouvez-vous nous évoquer votre plus beau souvenir de carrière, depuis que vous avez commencé la natation ?

J’ai deux beaux souvenirs de carrière. Le premier, l’arrivée sur le Stade de Séoul, mon entraîneur m’avait prévenu, quand j’ai vu toutes ces équipes et les hymnes nationaux, j’ai su pourquoi je m’étais entraînée si dur.

Mais je garde aussi un très bon souvenir de mon record de France du 200 m papillon que j’ai battu toute seule dans le bassin de Dinard. Tous les nageurs et entraîneurs qui étaient sur le bord, m’ont vraiment poussée, mais j’ai eu la saveur d’aller le chercher seule !

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ? Une belle fin de préparation pour les Jeux Paralympiques ?

Vous pouvez me souhaiter de continuer de prendre du plaisir à nager et puis de monter sur la boîte aux Jeux de Tokyo. Ce n’est pas parce que j’en parle que ça va me porter malchance, je n’y crois pas!

Juliette Courcoul

Photo A la Une : Claire Supiot, Credit-Photo : Allison De Andrade (fournie par Théo Barillerk)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici