Ocean 7 : The French Girl, est le projet hors du commun qu’a monté Claire Farranda et son équipe. Son but, nager les 7 détroits les plus durs du monde, en maillot de bain.Son aventure en mer, la jeune femme originaire de Saint-Etienne, la raconte dans une suite littéraire. Elle écrit lors de chacune de ses traversées, et ses livres sont publiés a posteriori. Ses ouvrages sont un mélange de journal de bord, de mers mais aussi de rencontres humaines. Parce que si Claire nage environ 10 à 15 heures en mer, elle passe beaucoup plus de temps sur Terre, aux côtés des populations.

Le projet de Claire Farranda sort entièrement de l’ordinaire, c’est pour elle une façon de lier ses deux hobbies, nager et écrire. Elle se passionne également pour la façon dont le corps humain peut s’adapter. C’est un aspect, qu’elle étudie et que l’on retrouve dans ses livres. Claire vit chaque traversée comme une véritable découverte. Elle nous confie en rigolant, ne pas vouloir mourir. Bien que cette aventure puisse sembler totalement folle. « Si je devais résumer ça : ce que je fais c’est ouvrir la voie, cela me permet d’ouvrir ma voix pour éclairer les voix de ceux qui ne le peuvent pas, j’aime apporter du beau dans le monde ».

L’aventure démarre en juillet 2019 pour Claire, elle devient la première française (et français) à nager sur le Tsugaru Channel entre les deux îles du Japon. Le défi Ocean 7 a été lancé en 2008, 17 nageurs l’ont réalisé mais aucun Français. Claire est la première à tenter un effort sportif de ce genre, sa prochaine traversée aura lieu entre le 28 juillet et le 2 août. C’est le North Channel, Claire ralliera les côtes irlandaises aux Terres écossaises.

La Française arrivera sur place une semaine avant. Cela va lui permettre de s’acclimater à la température de l’eau locale. Ce n’est que la veille du J-J, qu’elle rencontrera la capitaine du bateau. C’est avec lui, qu’elle a pu, des mois durant et à distances, organiser l’aspect logistique de son voyage. Lors de ses traversées, Claire est accompagnée de 3 autres personnes, un juge qui homologue sa performance. Son rôle est de constater que la nageuse ne touche pas le bateau et qu’elle n’utilise pas non plus des produits illicites pour produire son effort. La fin de la traversée est validée lorsque Claire atteint le rocher ou la plage d’arrivée. Les deux autres personnes présentes sur le bateau, font partie de l’équipe française qui accompagne toujours Claire.

Crédit Photo : Claire Farranda

Quelle place à votre équipe dans vos performances ?

La place de l’équipe est essentielle, la mienne est constituée de mon ostéo et de ma préparatrice mentale. Quand je nage, je n’entends rien, je ne vois rien, mon travail c’est de nager, eux sont mes yeux et mes oreilles. Ils sont là pour anticiper la moindre chose qui pourrait mal se passer. Et si quelque chose se passe mal, une douleur ou un beug mental, ils seront là pour me soutenir. Ils sont le seul lien qui me rattache à la vie sur Terre. C’est au fil des rencontres que la sélection s’est faite. Leur professionnalisme est très important mais il y a aussi la confiance qu’on a les uns envers les autres qui est là, sans tout ça mes traversées seraient bien plus compliquées.

Le staff de Claire est aussi chargé de la nourrir, pour se faire, la nageuse a mis en place un mécanisme particulier. Son équipe jette à l’eau les ravitaillements, le tout dans des petites bouées. Ces gourdes sont rattachées au bateau par une corde. « J’ai l’habitude de dire que, la corde des ravitaillements est comme un cordon ombilical qui me rattache à eux et donc à la vie sur Terre. », nous confie Claire. Durant toute sa traversée, c’est-à-dire parfois pendant plus de 15-20heures la nageuse n’a aucun point d’appuis. Il lui faut des ravitaillements liquides puisque lorsqu’elle nage, elle ne peut pas mâcher les aliments. Ses préparations sont à base de farine d’avoine et d’œufs mais ce sont aussi des soupes déshydratées et des fruits secs. Claire nous explique que « toute l’énergie que l’on utilise pendant l’effort est de l’énergie que l’on n’utilise pas pendant la digestion. »

Il y a un autre point qu’il semble important de souligner. Claire ne connait jamais le kilométrage exact de ses nages, ni même le temps qu’elle va passer dans l’eau. Avant chaque départ, elle fait une estimation mais il arrive souvent, presque systématiquement que le trajet prévu, change au fil du temps. Pour la traversée de juillet, l’équipe de Claire a estimé qu’au vu de la distance, elle serait aux alentours des 12 heures de nage. Mais c’est sans compter sur les courants, qui font varier les estimations.

Pourquoi avoir choisi de réaliser ces traversées en maillot de bain ?

Le maillot de bain, c’est comme le faire dans les règles de l’art. On est soumis aux éléments et à soi-même et avoir une combinaison, ce serait comme avoir une béquille alors que je peux marcher sans. Être au contact direct du froid, puisque sur la prochaine traversée l’eau sera aux alentours des 12degrés. Ensuite, être au contact direct aussi des méduses. Ce qui fait que c’est quelque chose à mentalement gérer pendant l’effort. J’ai déjà rencontré des poissons, les bancs de poissons indiquent souvent qu’il y a des requins en dessous. Lors de ma première traversée le capitaine du bateau m’a confirmé qu’il avait activé un système de protection anti- requin. Je n’ai jamais vu de requins, mais je sais qu’il y en a parfois. Je sais que c’est un risque, mais j’y fais face.

Il y a une autre peur à laquelle Claire doit faire face, celle de ne pas arriver au bout. Pour elle, arriver blessée n’est « pas un problème », mais elle craint toujours de ne pas atteindre le rocher final. En ce qui concerne le froid, Claire se questionne plutôt sur les conséquences inhérentes à celui-ci, notamment les risques d’hypothermie sévère qui l’empêcherait de mettre un point final à son projet.

Que se passe-t-il dans votre tête pendant les traversées ?

J’ai beaucoup d’imagination et c’est elle qui me permet de durer dans la traversée. Dans les moments où, j’ai peur, je deviens totalement rationnelle, donc par exemple si j’ai peur qu’un requin arrive, je vais regarder mes mains et me rassurer, si elles sont là, c’est que tout va bien. Au contraire, si j’ai vraiment peur et que mon angoisse devient incontrôlable, parce que je suis toute seule au milieu de l’Océan, « il y a quand même de quoi avoir peur » rigole Claire. Je vais me raccrocher à mon imagination pour me rassurer et continuer à nager, quoi qu’il en coûte. C’est tout à fait paradoxal.

A l’annonce du confinement, Claire nous explique être allée acheter des élastiques pour fabriquer un harnais. Ainsi elle a pu continuer à s’entrainer dans une piscine, chez un particulier. « J’ai donc nagé accrochée à un harnais accroché au mur. Ça a été complétement nouveau, c’était compliqué puisque je n’avais aucune sensation de nage » nous explique Claire. Le COVID a bien évidemment retardé le projet de Claire, tant dans sa préparation, elle ne s’entrainait plus autant intensivement, que dans sa réalisation, Claire devait faire une traversée au mois de juin. L’échéance est finalement reportée à l’année prochaine.

Lorsque l’on lui demande ce qu’elle retirera de toute cette aventure, elle nous donne rendez-vous, une fois son projet finalisé. Actuellement, elle note l’aspect humain, d’une telle expérience. « Quand je fais une traversée je lie deux terres, dans ce projet, je lie les humains entre eux. » Nous espérons retrouver Claire après sa dernière traversée. Nous lui souhaitons que ce projet d’une vie soit riche en rencontres et une plus-value pour elle et son entourage.

Juliette Courcoul

Photo à la une: Claire Farranda, Crédit Photo: Claire Farranda

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