A 17 ans, Camille Viaud est un espoir certain du motocross français féminin. Sa jeune carrière connait déjà un beau palmarès. C’est son père qui l’a amenée vers la pratique de ce sport, il n’hésite pas à enchaîner les kilomètres pour permettre à sa fille d’atteindre le haut niveau. En parallèle de sa jeune carrière sportive, Camille est aussi en première générale au lycée Duplessis Mornay de Saumur. Elle nous confie sa belle histoire, entre sacrifices familiaux et moments sportifs intenses.

Camille monte sur une moto alors qu’elle a tout juste 4 ans, c’est dans le jardin familial que son père l’initie à cette passion. Il a lui-même pratiqué la moto, plus jeune. Dès ses 6 ans, la jeune Saumuroise débute la compétition. Le commencement d’années de sacrifices pour son papa. C’est lui qui la conduit à ses entraînements et ses compétitions. Chaque samedi, Camille et son père font 2 heures et demie de route, aller, pour se rendre à Saint-Jean d’Angely, en Charentes Maritimes. La jeune fille pourrait s’entraîner plus près, mais c’est là-bas que son coach exerce. C’est plus simple pour elle de s’entrainer avec la présence permanente de son coach, et aux côtés d’autres pilotes. Cela lui permet de suivre un entrainement précis et très structuré.

« Mon père c’est mon chauffeur attitré » rigole Camille. Elle a beaucoup de reconnaissance pour le temps que lui accorde son père. C’est aussi lui qui finance en grande partie les déplacements.

Peux-tu nous expliquer l’importance qu’ont les sponsors dans ta carrière ?

Les sponsors nous aident financièrement. Au début de l’année les sponsors donnent une enveloppe et c’est à nous de gérer le budget au cours de l’année. Toutes les finances que me donnent les sponsors vont dans les frais de déplacement. Puisque si je roule à Saumur ou en Angleterre le prix du carburant sera le même ! Donc ce qui coûte le plus cher ce sont les frais de déplacements. J’ai environ 15-20 sponsors. On est en recherche perpétuelle de sponsors. Mon premier sponsor je l’ai eu dès 6 ans, ce n’était vraiment pas grand-chose, il me donnait des chiffons pour nettoyer ma moto ! Et donc, au fur et à mesure il m’a suivie, et maintenant il me donne des chèques de plus en plus gros. La plupart des sponsors sont arrivés quand j’ai commencé le championnat de France en 85cc. Je roulais avec les garçons. Les sponsors recherchent de la visibilité donc plus mon niveau augmente plus je peux avoir de sponsor.

Camille Viaud roule avec Yamaha. Elle a même un contrat avec Yamaha France. Depuis 2017 elle roule pour eux, avec au début, uniquement, l’aide d’un concessionnaire à Laval. Désormais, depuis l’année dernière, elle a un contrat avec la célèbre marque de moto.

Les championnats de France féminin commencent à partir de la 125cc. C’est donc dans cette catégorie que Camille a été titrée championne de France en 2019. A partir de 13 ans, le championnat de France féminin est accessible. Étant donné le grand gabarit de Camille, elle a pu commencer la 125cc dès le plus jeune âge. Ce qui lui a permis de s’améliorer rapidement. 

Au championnat de France il y a deux catégories. Les 125cc et 250cc, ils distinguent les deux, et il y a un classement dit « scratch » qui rassemblent les deux. Alors qu’aux championnats du monde, les deux ne sont pas distingués. Peu importe la cylindrée, tout le monde est confondu.

« J’ai fait trois fois les championnats du monde en 125 cc et nous étions très limités. Les 125cc n’ont aucune chance de finir championnes du monde. Tu peux être le meilleur pilote du monde ça ne changerai rien. »

Peux-tu nous résumer ta saison ?

Notre saison à moto commence au mois de Mars et se termine au plus tard en septembre. Exceptionnellement la saison a commencé, par chance, mi-février. Nous avons eu deux courses. L’Angleterre puis les Pays-Bas. C’étaient deux courses en championnat du monde. Valkenswaard était celle où j’ai pris le plus de plaisir.

En 2020, je suis passée aussi en 250cc, c’était un grand tournant. Le championnat du monde est à partir de 15 ans. La puissance de la moto fait une partie du travail. Les 125cc seront en bas de tableau au championnat du monde et les 250cc en haut. En championnat du monde on a vraiment des gros circuits, contrairement aux championnats de France. Ca permet d’exploiter les 250cc à fond.

Camille Viaud porte la plaque numéro 203, c’est un numéro unique. Nous pouvons comparer cela a une carte d’identité. Elle est née le 20/03/03 c’est donc naturellement qu’elle a choisi ces trois chiffres.

Parle nous de ton confinement ainsi que ta reprise de l’entrainement.

Je n’ai pas trop mal vécu mon confinement. J’ai eu la chance d’avoir du matériel de sport, j’ai réussi à garder un rythme relativement soutenu. Même si je n’avais pas de moto. Je me levais vers 9h, je mangeais ; il faut savoir que le matin je mange un repas complet. Je mange des œufs avec de la viande et des légumes. Je faisais une séance cardio le matin, sur le home trainer de 45 min. Ensuite, je déjeunais. Les cours en ligne m’occupaient aussi pas mal. Et le soir, je refaisais une séance plutôt renforcement musculaire. J’ai fait plus de sport que hors confinement. J’avais un rythme journalier, alors qu’en période où je roule normalement, j’ai des jours de sport et des jours de repos bien précis. Je n’avais pas de jour de repos pendant le confinement, comme je ne pouvais pas rouler.

La moto m’a beaucoup manqué. J’ai repris dès le premier weekend, je suis allée m’entrainer.  J’ai vite retrouvé mes repères, ça s’est bien passé.

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Pour le moment, Camille n’a pas de nouvelles de la reprise des compétitions. Elle nous explique avoir entendu, qu’il pourrait éventuellement y avoir une reprise du championnat du monde en Septembre, mais cela va-t-il être le cas ? Rien n’est moins sûr. Quant au championnat de France, il a été annulé en totalité au début de la pandémie. Cependant Camille nous évoque aussi, une unique course « pour le plaisir », qui aurait lieu en octobre. Ce ne sont encore que des suppositions.

En tant que femme, quelle place as-tu dans un sport communément pratiqué par les hommes ?

Quand j’étais petite, je faisais encore des courses avec des garçons. Et quand une petite fille est devant tous les garçons, les papas ne sont pas forcément toujours contents. Ce ne sont même pas les petits garçons qui avaient des aprioris, mais leurs parents ! Ils mettaient la pression sur leurs fils, en leur disant qu’ils devaient me battre parce que c’était la honte de finir derrière une fille. Notre génération est plus ouverte d’esprit, j’espère vraiment que ça a évolué pour les générations qui arrivent !

Cependant, dans le motocross, c’est plus valorisant de gagner des courses devant les garçons. Parce qu’il y a les préjugés mais il y aussi l’aspect physique. C’est prouvé scientifiquement qu’un garçon, à partir d’une douzaine d’années va devenir plus fort physiquement. Et même à cet âge, j’étais souvent devant les garçons malgré leur début de puberté.

Heureusement, j’ai des modèles, de qui je m’inspire. C’est aussi à la vue de leur parcours que je me prends à rêver. Et c’est dans ces moments, que je suis fière d’être une femme qui fait de la moto !

Il y a d’abord, Livia Lancelot, j’ai une relation particulière avec elle. Je l’adulais quand j’étais petite. Quand je suis arrivée au haut niveau, j’ai pu partager des moments avec elle, on a parlé de mon avenir, elle m’a guidée dans certains choix que j’avais à faire. Livia ça sera toujours quelqu’un que je respecte beaucoup. Elle a une carrière admirable. Sinon chez les garçons, j’apprécie beaucoup le hollandais Glen Coldenhoff, il a un pilotage vraiment exemplaire je trouve.

Camille a eu la chance d’être épargnée par les grosses blessures. Le risque, tous les pilotes en sont conscients, « cependant il ne faut pas avoir peur du danger, sinon on ne peut pas progresser » nous explique-t-elle.

La jeune femme a de gros objectifs, elle souhaite apprendre des meilleurs pilotes du monde. Sa première année en 250 cc a presque été réduite à néant, elle veut progresser, vite et bien !

A long terme, Camille nous parle de sa volonté de finir dans le top 3 scratch en championnat de France. L’année prochaine, en championnat du monde, elle espère accrocher le top 15 au meilleur de sa forme. La jeune sportive est très mûre pour son âge, elle sait d’où elle vient et où elle va. Camille sait que sa victoire lors des championnats de France de l’année dernière, lui a fait passer un cap. Dorénavant, c’est à elle de concrétiser ses rêves de nouvelles victoires, c’est tout ce que l’équipe de MadamSport lui souhaite.

Juliette Courcoul

Photo à la Une: Camille Viaud, Crédit Photo: Camille Viaud

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