Claire Bren, double championne du monde de descente de rivière, a pris une grande décision cette année. Elle a choisi de se pencher vers une nouvelle discipline. Après des études à l’ENSI au cours desquelles Claire a un rythme élevé d’entrainement, la sportive travaille désormais au rectorat. Elle a connu récemment deux gros changements, l’arrivée de son nouvel entraîneur, la renommée Sabine Kleineitz, et la découverte d’un Kayak d’un autre constructeur.

C’est en primaire que Claire Bren découvre le kayak. Ce qui l’attire, c’est le calme des eaux et la proximité de la nature. Elle commence au club de Chartres. Après un bac S, Claire part en prépa des grandes écoles à Evreux. En 2009, elle arrive à Poitiers et entre dans le centre de formation. Ensuite la kayakiste se dirige vers le club de Vivonne.

En 2012, elle intègre l’équipe de France. C’est cette même année qu’elle obtient le titre de championne du monde sur la discipline de sprint. Les années 2012 et 2013 ont été plus compliquées pour Claire parce qu’elle était nouvelle. Elle revient progressivement au niveau en concédant plusieurs 4ème places mondiales. Ce n’est qu’en 2017, à Pau devant sa famille, que Claire parvient à réitérer sa performance en devenant une deuxième fois championne du monde. Cette même année la Kayakiste Française gagne les championnats d’Europe et de France. 3 titres en une année, une remarquable prouesse.

Il existe trois disciplines différentes dans la pratique du Kayak. Les trois principales sont la descente de rivière, la course en ligne qui se pratique sur des eaux calmes. Et il y a aussi le slalom, la pratique la plus connue grâce au champion Tony Estanguet. Ce que pratiquait jusqu’alors Claire, c’est la descente de rivière, un contre la montre qui se fait d’un point A à un point B. A la fin de la course, le temps des tous les concurrents est classé.

Aujourd’hui, Claire Bren pratique la course en ligne, sur une distance de 200m à 500m. Elle en avait toujours fait depuis qu’elle faisait du Kayak, c’était un bon moyen de se préparer physiquement et de travailler l’équilibre. Cependant, en prenant la décision de se lancer dans la course en ligne à 100%, Claire se penche vers un parcours olympique. La course en ligne et le slalom sont des disciplines olympiques tandis que la descente de rivière, non. Claire rêve de médaille olympique unique. Ce changement de discipline représente aussi un moyen de redécouvrir une confrontation directe avec les autres compétiteurs, un aspect qui n’existe pas en rivière de descente.

Pouvez-vous nous confier vos forces et vos points à encore améliorer ?

Ce qu’il faut noter, c’est que la course en ligne peut se faire à 2 et à 4 places, pour ça j’ai une qualité c’est que je m’entends bien avec tout le monde, donc pour les équipages ça aide. En point fort, j’ai un bon passif dans le kayak donc physiquement et techniquement j’ai déjà appris beaucoup. Même si on pagaie un peu différemment. Cependant, en descente de rivière, on travaille moins la musculation parce qu’on est dans le courant et qu’il y a moins de placement à avoir sur la rivière. Alors qu’en course en ligne il faut être plus fort. J’ai essayé de travailler dessus et le confinement m’a bien aidée.

Après un autre point fort, si on me donne un point à travailler en technique, on me le dit et je parviens à l’assimiler et le mettre en application rapidement.

L’ancien entraîneur de Claire Bren a continué pendant un temps à l’entraîner sur la course en ligne. Mais il manquait d’expérience sur la discipline. Il a donc dirigé son athlète vers Sabine Kleineitz. Claire se retrouve dans son nouvel entraîneur. Il faut dire qu’elles ont un profil similaire sur beaucoup de points. Sabine est, par exemple, championne du monde de descente en rivière, tout comme Claire.

Pourquoi avez-vous pris la décision de changer de bateau récemment ?

J’ai changé de constructeur, il y a deux gros constructeurs de Kayak. Donc il y a peu j’ai décidé de changer parce qu’il y a des filles qui utilisaient ce bateau-là. J’ai voulu essayer et ça me correspondait finalement mieux, parce que j’ai un petit gabarit. L’ancien constructeur ne faisait pas des bateaux à ma taille, il y avait un petit truc qui n’allait pas. Donc maintenant je me sens mieux dans ce bateau. C’est subtil mais le Kayak se joue sur quelques centièmes de secondes.

Pendant la période de confinement, Claire a continué de télé-travailler. Elle occupe un poste de chargée de mission au rectorat. Elle bénéficie d’une décharge à mi-temps, qui lui permet de s’absenter, mais est rémunérée à plein temps. L’éducation nationale est le partenaire le plus important de Claire Bren. En temps normal, son travail lui permet de rencontrer des classes et de partager son expérience avec des élèves.

Enfermée chez elle, la kayakiste s’est imposée des horaires fixes. Elle s’entraînait à raison de deux fois par jour dans son jardin de campagne. Claire s’est accompagnée de matériel de musculation et d’une machine à pagayer.

 « C’est devenu une routine, et puis comme on est confiné, on en a besoin ! Le plus difficile c’était de ne pas retourner sur l’eau et faire du kayak. J’avais demandé une dérogation mais on ne me l’a pas accordée même si je suis qu’à quelques centaines de mètres d’un cours d’eau. Et finalement c’était bien de faire une longue pause. Je pense que ça faisait longtemps que je ne m’étais pas arrêtée aussi longtemps ! »

Claire a su prendre le positif d’une période bien noire. Elle s’est accordée du temps. La sportive s’est aussi mise au yoga, des séances qu’elle continuera à faire et qui l’aideront plus tard dans la pratique du Kayak.

Je n’ai pas pris cette période comme un perte de temps puisque les échanges ont aussi été reculés. Donc ça ne sert à rien de trop se presser, parce que nous, nous avons des sélections le 28,29 et 30 août. Elles nous permettront de faire des championnats du monde fin septembre. Donc ça sert ça rien d’être prêt trop tôt, il faut être prêt fin août et septembre.

Crédit-Photo : Claire Bren

La sélection pour les Jeux de Tokyo devait se faire du 30 avril au 2 mai, une période décisive qui n’a pas eu lieu, quelle a été votre réaction ?

J’ai réagi plutôt positivement, comme je suis un peu « nouvelle » dans cette discipline, c’est plutôt un bon point, ça me laisse plus de temps pour acquérir la technique. Alors que pour des athlètes qui sont plus « sur la fin » c’est plus compliqué parce qu’ils doivent se relancer sur un an.

Tokyo représente beaucoup pour moi. Ce sont les jeux olympiques que je n’ai jamais faits. En revanche j’ai eu la chance de participer aux jeux européens l’année dernière, qui avaient lieu en Biélorussie. Et j’ai trouvé que c’était un super événement. Ce sont des micro-jeux olympiques. Mais ça permet de voir les sportifs français qui pratiquent d’autres disciplines. Et ça je trouve ça bien de pouvoir échanger avec ces autres sportifs. Les jeux olympiques, c’est aussi une grosse compétition. Ça serait plaisant d’y aller et de pouvoir représenter la France. Si j’ai la chance de ramener une médaille des JO, elle sera bien différente des autres, sur une nouvelle discipline et une médaille unique.

Pouvez-vous nous confier des moments de votre carrière qui vous sont précieux ?

Je pense que les championnats du monde de 2017 sont mon plus beau souvenir, il y a une vidéo qui traîne sur internet. Je lève la tête et on me voit, je crie à la fin de ma course parce que ça s’était super bien passé, je vois mon chrono, il était très bon. Mais il restait encore deux filles à passer après moi. Donc je ne savais pas si j’avais gagné ou quoi. Mais j’étais quand même provisoirement première et c’était fort ! Tous mes amis et supporters étaient au bord et criaient. C’était le plus beau souvenir de ma carrière. Et on nous pose souvent la question « Alors la course c’était super ? » mais on est tellement dedans qu’on ne s’en souvient presque pas. En revanche on se souvient du moment où on termine la course.

Claire Bren souhaite se sélectionner pour ses premiers championnats du monde en course en ligne, en septembre. C’est son gros objectif. Ensuite, elle continuera sa préparation jusqu’au JO de Tokyo en croisant les doigts pour qu’ils aient lieu. Elle rêve de ramener d’Asie, une médaille du métal le plus beau possible.

Juliette Courcoul

Photo à la Une: Claire Bren, Crédit Photo: Claire Bren

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