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FOOTBALL Elise Thomelier : « Si l’année prochaine on a notre tenue complète, on sera fières de se dire que c’est grâce à nous »

Le 7 mars dernier, Elise Thomelier et son équipe de football du cercle Paul Bert de Bréquigny apparaissent en culotte sur le terrain. À l’occasion de la journée des droits de la femme qui se déroule le lendemain, elles décident de s’afficher avec le seul équipement qui leur est fourni par la fédération : leur maillot.

L’action a pour but de dénoncer avec beaucoup de dérision les inégalités entre les hommes et les femmes dans le football. Le cliché se retrouve à la une de nombreux journaux nationaux.

Une équipe engagée

Elise Thomelier a 20 ans et est licenciée au club de football de Bréquigny depuis 4 ans. Le 7 mars dernier, son équipe dénonce l’inégalité de genre dans le football en posant en maillot. La coupe de France féminine à laquelle elles participent est toujours suspendue alors que la coupe de France masculine a repris son court. « Le fait que les filles ne reprennent pas alors que les garçons si, on en est toujours au même stade. Il n’y a pas assez d’argent en jeu, je pense qu’il y a une histoire de ça. » nous confie-t-elle. Par ailleurs, dans le cadre de cette compétition, elles ne reçoivent qu’un maillot de la part de la fédération tandis que les hommes disposent aussi de shorts et de chaussettes, par exemple.  À ce propos, Elise témoigne : « C’était assez inattendu, c’était la journée de la femme et on s’est dit : pourquoi pas porter uniquement notre maillot puisqu’il est assez long pour qu’on ne voit pas notre culotte.  J’ai une copine qui fait un doctorat de psychologie à l’ENS et elle nous a dit ‘les filles, apportez votre maillot, on fait une photo.’ C’était l’occasion. ». Elle ajoute : « Si l’année prochaine on a notre tenue complète, on sera fières de se dire que c’est grâce à nous. »

Une histoire d’opportunités

Elise fait partie d’une famille de footballeur et a commencé par jouer avec les garçons de son village avant de rejoindre l’équipe féminine de Châteaubourg à 14 ans et d’être repérée par le coach du Cercle Paul Bert deux ans plus tard. Elle évolue actuellement en régionale 1. Il y a deux saisons, son équipe a joué en deuxième division de nationale, « une aventure qu’aucune équipe ne peut louper car c’est une possibilité de faire des matchs de rêve » explique-t-elle. Pour en arriver là, la sportive a d’abord suivi une option foot au collège avant d’intégrer un lycée sport-études. Aujourd’hui, elle est étudiante en 3ème année dans un institut d’ostéopathie en parallèle de sa pratique sportive.  Elle n’a pas souhaité faire carrière dans le football : « Si j’en avais eu les capacités, peut-être que j’y serais allée. Si j’avais eu l’opportunité, peut-être que je l’aurais saisie mais chez les filles il ne faut pas espérer. Il n’y a pas d’avenir radieux…il faut vraiment sortir du lot. Si tu lâches tout pour le foot en étant une fille, c’est risqué. »

Elise Thomelier, Crédit-Photo: Karim Lazreq

« Certaines personnes viennent me voir car je joue au foot »

Toutefois, elle reste positive sur la médiatisation du sport féminin : « Je ne veux pas être pessimiste, c’est de mieux en mieux. Quand j’ai commencé le foot, j’étais la seule fille, maintenant, certaines personnes viennent me voir car je joue au foot ; c’est incroyable. Sur les autres sports, je ne saurais pas trop me prononcer mais au niveau du foot, ça a été fulgurant. » Son club, le cercle Paul Bert, est aujourd’hui le plus grand club féminin de la région rennaise.

Plaisir et convivialité

En 2018, Elise arrive 3ème au championnat du monde de futsal, une discipline qu’elle pratiquait en sport-étude.  « Le sport m’est indispensable … et je pèse mes mots » avoue-t-elle. « On s’en rend compte encore plus en ce moment. Le fait de faire un sport collectif nous apporte une ambiance, une convivialité. Il y a aussi l’esprit de compétition que j’apprécie. » Les valeurs qu’elle partage dans le sport sont le plaisir et la convivialité : « Sans ça, on va à reculons à l’entrainement […] Quand il y a les deux, la compétition se passe plutôt bien ». Aujourd’hui tous les matchs sont encore suspendus et les joueuses de Bréquigny s’entrainent le samedi et le dimanche. « C’est vrai que le plaisir reprend le dessus car on a envie de jouer au foot et de se revoir. Il n’y a plus de compétition donc c’est uniquement du plaisir. » Avec son équipe de foot, elle espérait remonter eu deuxième division mais le covid a gelé les résultats et la saison va encore être blanche. Elise a profité de cette accalmie pour se mettre à la course à pied et a pour objectif de réaliser un semi-marathon avec des amies.

Jongler entre les études et le sport

Le rythme n’a pas toujours été celui-là puisqu’il y a deux ans elle jouait au niveau national et suivait sa première année d’études supérieures en ostéopathie. Elle avait alors 5 entrainements par semaine et bloquait souvent ses week-ends entiers pour le foot entre la séance du samedi matin, le transport et l’hôtel en cas de déplacement et le match du dimanche. « Je bossais dans le bus en allant au match […] parfois on avait 1h pour bosser, si tu ne faisais pas ton travail dans l’heure, ce n’était pas fait. » Elle explique avoir acquis une discipline en sport-étude qui lui a permis de tenir le rythme.

Clara Normant

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Le Club

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