Delphine Mancini, la vice-championne d’Europe 2018 de boxe Olympique, a dû descendre dans la catégorie des 51kg pour accrocher l’opportunité de participer aux JO de Tokyo. Lors des Jeux Olympiques de Rio en 2016, il n’y avait que 3 catégories de poids qui étaient représentés, 51kg, 60 kg et 75 kg. A la suite de ces Jeux, 2 autres catégories de poids devaient être rajoutées. A la surprise générale, ce sont les moins de 57 kg qui ont été choisi, bien que chez les 54kg, catégorie dans laquelle évoluait Delphine, il y a beaucoup de femmes et un bon haut niveau. Pas assez puissante physiquement pour rivaliser avec les moins de 57kg, la boxeuse française et son entourage ont décidé de la faire passer sous les 51kg.

Comment s’est passée votre perte de poids pour atteindre les 51 kg ?

Physiquement, je m’attendais à pire, ça a finalement été. Ce sont des gros régimes et puis la veille de la pesée c’est souvent de la corde à sauter avec un k-way pour perdre les derniers grammes qu’il reste. Chose que je ne faisais pas en 54 kg, je faisais assez facilement le poids avant, là il faut vraiment que je me tire dessus pour descendre assez bas. En fin de journée, après le travail, quand je retourne pour la deuxième fois à l’entraînement, et, que je suis au régime pour les grosses préparations, il faut pouvoir garder le rythme, c’est là que c’est plus fatiguant.

Et puis maintenant, il n’y a pas qu’un seul élément stressant, mais deux. En plus du combat, la pesée est très angoissante, comme je n’ai pas beaucoup de marge sur les 51kg. Ce qui n’était pas le cas avant.

Contrairement aux boxes pieds poings, dans la pratique de la boxe olympique (ou amateur) l’usage des jambes n’est pas autorisé. Les boxeurs ne peuvent utiliser que les bras donc c’est une boxe plus intense. Les appuis sont aussi bien différents, tout comme la garde et l’intensité. La boxe olympique se joue davantage sur les aspects techniques et tactiques.

Delphine Mancini se met à la boxe en 2001. Elle se licencie au Club Boxing Vigneux dans l’Essonne. C’est son père qui tient le club. Encouragée par le parcours de son oncle ancien boxeur professionnel, la jeune femme s’entraîne sans relâche, sous le regard bienveillant de son père, son entraîneur depuis toujours. C’est quasiment automatiquement que Delphine choisit la boxe, toute petite elle suivait déjà son père et son oncle à la salle.

Dans les années 2000, la place de la femme dans le sport était déjà bien différente de celle qu’on lui accorde maintenant. « Je suis arrivée au moment où ça a commencé à évoluer » nous explique Delphine. Les mentalités étaient encore bien fermées, et certains hommes n’acceptaient pas de voir des femmes boxer, il y avait beaucoup de préjugés. Désormais, même s’il y a toujours plus d’hommes sur les rings que de femmes, « on ne refuse plus l’accès aux salles aux femmes comme ça a pu se faire il y a encore 20 ans, Maintenant c’est presque normal de voir une femme dans une salle de boxe, ça n’interpelle plus comme avant. » affirme Delphine.

Crédit-Photo : Delphine Mancini

Pour des raisons pratiques, la boxeuse du 91 décide de passer le confinement chez ses parents, pour que son père continue de l’entraîner, comme à son habitude. Le programme d’entrainement a tout de même bien changé. Delphine et son père ont troqué les entrainements en salles contre pas mal de physique, du renforcement musculaire et de la pratique tactique en extérieur. Même s’ils auraient souhaité en faire davantage. Les salles municipales restent toujours fermées pour le moment, le programme de Delphine ne change donc pas vraiment. Elle y ajoute tout de même de la course à pied.

« On a quand même pu pendant deux mois faire un bon programme. On a fait une préparation différente mais très bénéfique. Je n’ai pas travaillé comme je suis au contact de scolaire. C’est ce qui m’a le plus manqué. Et puis le fait d’avoir de grosses journées rythmées aussi. »

Vous combinez votre travail d’éducatrice sportive et vous exercez le sport de haut niveau, devez-vous lier ces deux activités pour avoir un salaire décent ?

Quand je pars avec l’équipe de France, j’ai une convention avec la ville de Vigneux pour laquelle je travaille, avec la fédération et le ministère donc je suis détachée. Donc de ce côté-là c’est bien comparé à d’autres filles de l’équipe. Après pour mes entraînements je dois m’adapter en fonction de mes horaires, je fais un entrainement le matin avant le travail, ou le midi pendant mon temps de pause et le soir avec le club.

Il y a des jours où le soir c’est plus dur que d’autres, mais on s’y fait, j’aime boxer même après une grosse journée de travail. C’est une échappatoire finalement. 

Je ne peux pas vivre de la boxe, c’est une passion je ne peux pas en faire mon métier.

« Je pense que la pandémie à laquelle nous assistons nous fait nous rendre compte de pas mal de choses, qu’il faut moins se poser de questions et qu’il faut plus profiter des moments de liberté que la vie nous offre. Et ne pas se plaindre pour un rien. Je pense qu’une épreuve comme celle-ci renforce mentalement. Ça va nous servir, à nous sportifs de haut niveau, à relativiser sûrement un peu plus. »

Dès le 11 juin, la boxeuse partira en stage de 10 jours à Dinard avec l’équipe de France. Elle se ravit de pouvoir, de nouveau, s’entraîner en compagnie d’autres sportifs. « Le 9 et 10 on est à l’INSEP pour faire des tests de dépistages pour le COVID, puis on file vers Dinard. Nous allons aussi retrouver l’intensité des deux entrainements par jour. Ça va nous faire du bien. Pour le reste de l’année, c’est un peu flou, mis à part les stages on ne sait pas trop. On a ce stage de juin puis un deuxième normalement en juillet. Au mois d’août on est en vacances, puis on attend les dates pour la qualification pour les Jeux et le tournoi de préparation. Pour l’instant on n’est que sur deux stages de prépa pour garder un esprit de groupe et maintenir notre motivation. Et puis après je pense que ça va être au jour le jour par rapport à l’évolution sanitaire. »

Pendant ces deux stages, Delphine souhaite affirmer l’aspect offensif de sa boxe. A 33 ans, elle joue désormais plus sur son expérience. Du haut de ses 160 combats, Delphine s’adapte avec aisance à tous les types de boxe qu’elle rencontre. La championne de France senior 2011 conclura sa dernière saison avec les Jeux de Tokyo en 2021. Néanmoins, Delphine nous confie ne pas vouloir raccrocher les gants tout de suite. Elle arrêtera pour sûr la boxe olympique mais passera peut-être en boxe professionnelle. C’est tout ce que nous lui souhaitons.

Juliette Courcoul

Photo à la Une: Delphine Mancini, Crédit Photo: Delphine Mancini

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