Les actrices du basket français féminin n’ont pas de visibilité sur la reprise du championnat. Touty Gandega, basketteuse de l’UFAB (Union Féminine Angers Basket) est elle aussi dans le flou le plus entier. Le championnat de Ligue 2, dans lequel évolue Angers, peut reprendre en octobre à huit clos. Les avis divergent selon les clubs. Certains s’opposent à une reprise sans public, une position que la joueuse comprend. Les clubs ne sont pas tous égaux face à cette situation. Pour la reprise avec le public, on parle actuellement de début janvier.

A 28 ans Touty Gandega évolue en Ligue 2 à Angers pour la deuxième saison consécutive après avoir joué à Chartres pendant une année. Elle est passée par différents clubs, en Ligue 1 elle a notamment joué à Mondeville LOL, Charleville-Mézières ou encore Toulouse. La basketteuse a aussi participé à des championnats européens tels que l’EuroCoupe et l’EuroLigue.

Touty commence le basket un peu par hasard, « ça m’est tombé dessus » nous raconte-t-elle. Comme pour sa grande sœur, c’est à l’école primaire que tout a commencé. Il y a des détections qui ont lieu dans son école, la jeune fille y participe « pour le fun ». Les recruteurs s’intéressent à elle. Elle est vue comme la petite Gandega.

« Comme le collège de sport étude était dans mon secteur j’y suis allée. Ensuite, je suis partie au Lycée Abbé Grégoire, c’était le seul lycée de sport étude à Paris. Puis, je suis allée en centre de formation à Montville et j’ai signé mon premier contrat pro là-bas. C’est comme ça que tout s’est enchaîné.

Pour être précise j’ai commencé à jouer au basket dans mon quartier dans le 18ème , et le premier club que j’ai fait avec le sport étude, c’était Paris Basket 18ème avec le collège Gérard Philippe. Tout était adapté on avec nos locaux. On représentait à la fois Paris 18ème et à la fois le collège. »

La jeune basketteuse est fière de marcher dans les pas de sa sœur. Entourée de plusieurs filles qui débutent comme elle, Touty s’épanouie en sport étude.

Pourquoi vous être dirigée vers Angers après avoir joué en Ligue 1 avec Chartres ?

Quand j’ai fini avec la ligue 1 j’étais à Chartres, je cherchais un club. Je devais repartir à Toulouse. Mais entre temps à Angers, la meneuse principale avait coupé son contrat pour aller en Ligue 1. Angers a vu que j’étais encore sur le marché, ils ont appelé mon agent directement en proposant un contrat avec un logement. Ils attendaient une réponse. Comme Angers avait fait les finales du championnat de Ligue 2 et les demi-finales je me suis dit que c’était un club ambitieux. Je suis partie à Angers parce qu’ils avaient un projet solide, la montée en Ligue 1.

Je me sens très bien, j’ai fait deux ans. En septembre, si tout se passe bien, car on a des ajustements à faire dans mon contrat, je ferai ma troisième saison à l’UFAB.

L’arrêt de la saison pour cause du COVID tombe très mal pour les féminines d’Angers. Elles étaient en troisième position du championnat et s’apprêtaient à recevoir l’équipe leader avec qui elles n’avaient qu’un point d’écart. Aulnoyen était première avec Reims et les joueuses d’Angers juste derrière. La suite de la saison allait se déterminer sur ce match. Angers se trouvait sur une bonne lancée avant cet arrêt brutal, plusieurs matchs d’affilé sans défaite. Les basketteuses d’Angers ont dû patienter deux semaines, sans pouvoir rentrer chez elles et en se maintenant en forme, avant que la décision finale tombe.

Au début, sans mentir, on était contente, ça nous faisait des petites vacances, on ne s’entraînait plus tous les jours. « On va pouvoir se reposer, profiter de nos parents ». Mais on reste des compétiteurs et la réalité de la vie nous rattrapent rapidement. On a envie de jouer et quand on croise les doigts pour que la situation sanitaire s’améliore, ce n’est pas le cas, on nous coupe l’herbe sous le pied et on nous dit que la saison est terminée.

Au début, on s’entrainait à la maison, abdos, gainage, j’avais emprunté des poids chez le kiné. J’ai fait ça pendant 10 jours à Angers puis au confinement je suis rentrée à Paris chez mon père. Et là, je ne me suis plus entraînée. Ensuite, il y a eu le ramadan donc entre ça et le confinement, j’étais à la maison cloîtrée, sans rien faire.

La compétition et les coéquipières c’est ce qui m’a le plus manqué, on était vraiment bien et c’était dur de se dire qu’il fallait passer à autre chose. Ça fait partie de la vie, on doit faire avec.

J’ai recommencé à m’entrainer il y a 15 jours, je connais des gens qui m’aident à m’entrainer sur les pistes d’athlé comme les salles d’entrainement ne sont toujours pas ouvertes. Les 10 premiers jours c’est un peu dur, avec 2 mois sans activité le corps il boude un peu. Mais après ça fait vraiment du bien. Le rythme va revenir.

La reprise à huit clos pose question par rapport à l’équité entres les clubs. S’il n’y a pas d’entrée ni de buvettes, certains clubs vont se retrouver en difficulté. Touty Gandega garde en tête l’essentiel « Ce n’est pas tous les clubs qui peuvent se permettre d’avoir un gros budget et de faire de grandes folies. Si la fédé nous dit janvier se sera janvier, si on nous dit octobre alors ça sera comme d’habitude. La reprise du championnat est une question de santé publique, là ça dépasse le sport. Il y a eu tant de morts, pour tout le monde il faut rester tranquille. Ça ne sert à rien de grogner, c’est le COVID qui fait sa loi. »

La carrière de Touty Gandega a été marquée par trois blessures aux ligaments croisés. Même si aujourd’hui, avec le recul elle prend la pleine mesure de la force mentale que lui ont apporté ses accidents, Touty avoue, que du haut de ses 21 ans apprendre qu’elle « s’est fait les croisés pour la deuxième fois » a été compliqué à avaler. Pendant cette période la jeune joueuse évoluait avec beaucoup d’assurance en EuroCoupe.

” Honnêtement ça m’a beaucoup freiné et ça a détruit certains de mes rêves. Si je n’avais pas eu un si gros mental, qui s’est renforcé par la suite, ça aurait été bien plus compliqué “

Vous avez également eu des sélections avec l’équipe nationale Malienne, en 2017 et 2019, quel souvenir en gardez-vous ?

Que des bons souvenirs, c’est une opportunité incroyable, la manière dont j’ai intégré la sélection est peu banale. Ma première année, je sortais des croisés, le coach de l’équipe nationale m’a appelée et m’a dit « Écoute, j’ai l’équipe homme au mois de mars, je te prends avec nous pendant un mois, tu finis ta rééducation près de nous au Mali, on surveille comment ça évolue, on a 4-5 mois pour te mettre en forme physiquement. » C’était un vrai challenge. Donc j’ai pu faire ma première sélection au Mali sur les terres de mon père, on a remporté notre première médaille. Sachant aussi que j’ai remplacé ma grande sœur qui était aussi en sélection du Mali. Elle est partie, je suis arrivée. J’ai enchaîné en 2019 au Sénégal. C’était encore plus beau puisque c’était sur les terres de ma mère. J’ai eu la chance de jouer dans les deux pays. Donc j’ai deux médailles, dans les pays de mes parents, devant eux.

Malgré toutes les blessures, toutes les cassures qui ont fait que je ne pouvais plus jouer en Ligue 1, j’ai tout de même réussi à être dans 5 majeurs de la compétition. J’ai pu jouer avec des joueuses emblématiques comme Astou Traoré ou Kalu Ezinne. Jouer à côté d’elles, c’était ma récompense.

Je suis super contente de pouvoir représenter un pays et rapporter des médailles à ce pays.

Touty Gandega exprime son souhait de rester à Angers et de vivre avec eux une montée en Ligue 1. Elle veut aussi que le groupe reste soudé dans l’objectif de la montée, même si l’effectif va être bousculé. Sur le plan personnel, Touty nous confie, « Si j’arrive à acquérir un shoot plus stable je vais pouvoir apporter deux fois plus à Angers (rire) ».

Juliette Courcoul

Photo à la Une: Touty Gandega, Crédit Photo: Touty Gandega

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